Le Mémorial Evert Bronstring s'est déroulé à Leyde les 17 et 18 janvier 2026. Cinq ans s'étaient en effet écoulés depuis la disparition du grand maître leydois. Le moment était donc tout indiqué pour organiser un tournoi en sa mémoire et présenter un ouvrage consacré à cet homme exceptionnel du monde du jeu de dames. Lorsque j'ai reçu l'annonce de cet événement, j'ai immédiatement décidé d'y participer. Je n'ai malheureusement plus le courriel que j'avais envoyé à Steven den Hollander — j'essaie de garder une empreinte numérique aussi réduite que possible —, mais il ressemblait à peu près à ceci :
Bonjour Steven,
Bien entendu, je participerai moi aussi au Mémorial Evert Bronstring. Je ne pouvais tout simplement pas laisser passer une telle occasion.
Evert a été ma grande source d'inspiration durant les années 1970. J'étais l'un de ses plus fervents admirateurs et j'ai trouvé formidable de vivre de près le Championnat des Pays-Bas de 1976 à Apeldoorn, où Evert participait aux côtés d'autres joueurs que j'admirais énormément, comme Frans Hermelink, Rob Clerc et Harm Wiersma.
C'était d'ailleurs la dernière fois que le championnat des jeunes se disputait en même temps que le championnat national, à l'hôtel Nieland.
Moi, un gamin de seize ans au milieu des grands… quel bonheur !
Amitiés,
Tjeerd
Pourquoi étais-je un si grand admirateur de Bronstring ? Je pense que cela s'explique avant tout par son style de jeu aventureux, mais aussi parce que ses parties faisaient régulièrement l'objet de commentaires dans les rubriques consacrées au jeu de dames des journaux. Je parle ici des années 1970, et plus particulièrement des chroniques d'Andreas Kuyken (NRC), de Ton Sijbrands (Algemeen Dagblad et de Volkskrant), de Harm Wiersma et Jaap Metz (De Telegraaf), ainsi que de Frank Drost (Trouw).
Le nom de Bronstring est indissociablement lié au marchand de bois incomplet. Je me souviens encore de la fierté que j'ai éprouvée en disputant ma première partie avec ce système, lors du championnat des aspirants de Gueldre en 1974 contre Nico Floor. Depuis lors, j'ai joué le marchand de bois incomplet à plus de trente reprises en compétition officielle, sans parler des innombrables parties disputées au club. La classique semi-ouverte était également l'un des systèmes de prédilection de Bronstring, et c'est aussi un système que j'aime beaucoup jouer. Dans les deux cas, bien entendu, du côté de l'encerclement.
Quelques mots maintenant sur Bronstring lui-même. Depuis son décès, le 14 janvier 2021, beaucoup a été écrit à son sujet. La revue Damspel a publié un long In Memoriam signé Fred Ivens et Ton Sijbrands. De son côté, Joop Burgerhout a consacré une belle rétrospective à la vie damiste de Bronstring pour la Zuid-Hollandse Dambond. Enfin, un livre lui est consacré. Lors du tournoi, les participants pouvaient déjà en consulter la première épreuve.
Je ne reviendrai pas ici en détail sur la vie de Bronstring ; les lecteurs pourront se reporter aux In Memoriam mentionnés ci-dessus. Je me contenterai de quelques repères qui permettent de mieux comprendre l'homme qu'il était. Né à Haarlem, il étudia les mathématiques à Leyde avant de devenir membre du LDV, devenu par la suite le LDG (Leids Damgenootschap), club auquel il resta fidèle toute sa vie. Il obtint le titre de Grand Maître National (GMN) — voir également le livret Verroest ! d'Evert Dollekamp, un hommage d'Evert à Evert. Bronstring fut philosophe, enseignant — aussi bien en mathématiques qu'au jeu de dames —, participa à quatorze reprises au Championnat des Pays-Bas et fut décrit par beaucoup comme un immense amoureux du jeu, doté d'éclairs de génie.
Comme indiqué plus haut, quarante passionnés se retrouvèrent à Leyde les 17 et 18 janvier 2026 afin de jouer dans l'esprit de Bronstring. Toutes les parties débutaient à partir d'ouvertures imposées, choisies à l'avance par Ton Sijbrands. L'organisation, assurée par le LDG (Leids Damgenootschap) — Steven den Hollander, Jack van der Plas et Joop Burgerhout —, avait invité Ton Sijbrands en qualité d'hôte d'honneur. Il présidait également le jury chargé de désigner les plus belles parties du tournoi.
Ton Sijbrands, lui-même fervent admirateur du style de jeu de Bronstring, avait retenu les ouvertures suivantes :
Ouverture 1
1.32-28 18-23 2.33-29 23x32 3.37x28 20-25 4.41-37 17-21 5.37-32 15-20 6.46-41 21-26 7.41-37 19-24
(Il n'était pas permis d'aplanir la position dans les coups suivants par 34-30 (25x23) 28x30.)
Ouverture 2
1.31-27 18-23 2.36-31 12-18 3.33-28 17-22 4.28x17 11x22 5.41-36 8-12 6.27-21 16x27 7.32x21 6-11 8.21-16
Ouverture 3
1.33-28 17-21 2.39-33 21-26 3.44-39 18-23 4.31-27 11-17 5.50-44 17-21 6.36-31 20-25 7.33-29 14-20 8.29x18 13x33 9.39x28 19-24
Les joueurs furent répartis en groupes de quatre et disputèrent trois parties à partir de ces ouvertures, qui ne leur avaient d'ailleurs pas été communiquées à l'avance.
Les groupes étaient constitués de manière équilibrée sur la base du classement Elo. Ainsi, par exemple, le groupe A réunissait les joueurs classés premier, troisième, sixième et septième de la liste des participants, tandis que le groupe B comprenait les deuxième, quatrième, cinquième et huitième. Le même principe fut appliqué à l'ensemble des groupes.
Après trois rondes préliminaires, les vainqueurs des groupes poursuivaient la compétition. Le vainqueur du groupe 1 affrontait celui du groupe 2 pour le titre de vainqueur du tournoi, tandis que le vainqueur du groupe 3 rencontrait celui du groupe 4, et ainsi de suite. (À noter qu'en cas d'égalité au classement, c'est le joueur ayant le plus faible classement Elo qui se qualifiait pour la finale.)
Ces rencontres se disputaient en cadence rapide, avec bien entendu une ouverture appropriée : une classique semi-ouverte, pour être précis :
1.32-28 17-21 2.31-26 20-24 3.26x17 12x21 4.34-30 7-12 5.30-25 21-26
La cadence de jeu revêtait également une importance particulière. Après les coups d'introduction, les joueurs disposaient d'une heure et demie pour effectuer 40 coups, suivie d'une demi-heure supplémentaire, avec un incrément de 30 secondes par coup. Cette cadence correspond à celle utilisée par la FMJD. Le tournoi ne comptait pas pour le classement Elo, car son format différait des règles habituelles. Les parties de la finale furent disputées en cadence rapide.
Le participant le plus fort sur le papier, et de loin, était le membre de TeamNL Wouter Sipma. Il connaissait bien Evert et possède le mythique Grand Livre des Variantes, dans lequel Bronstring consignait ses analyses manuscrites. Il était donc le vainqueur tout désigné du tournoi. Wouter battit Jeroen Kos et Joost Hooijberg et fit match nul contre Koos van Amerongen lors de la phase de qualification. Son adversaire en finale fut Frits Luteijn, qui s'était qualifié après une victoire contre Tjeerd Harmsma et des parties nulles contre Jan van der Star et Klaas Bor. Wouter remporta la finale de manière convaincante, avec les Noirs et en adoptant le jeu d'encerclement, une approche qui correspondait parfaitement à l'esprit de Bronstring. Les autres vainqueurs de groupe furent Henk Ruesink, Siep Buurke, Cock van Wijk, Martin de Jong, Eelco Kuipers, Hans de Groot, Koos Groeneveld et Matthijs Broek.
Je donne maintenant la parole à Koos van Amerongen, membre de WSDV Wageningen, de Zenderstad IJsselstein et du LDG, qui a analysé en profondeur plusieurs des nombreuses parties remarquables et particulièrement agréables à suivre qui ont été disputées.
Bonne lecture !