D'Almeida - Cordier 2025
à triple lecture
Photographe: Arnaud Cordier

D'Almeida - Cordier 2025

Auteur: Arnaud Cordier
01-06-2026

Le 84ème championnat de France a eu lieu du 16 au 24 août 2025 à Lyon, dans les locaux du Lyon Olympique Échecs. Ce lieu chargé d'histoire est connu notamment pour avoir accueilli le match pour la couronne mondiale en 1990, opposant les deux légendes Garry Kasparov et Anatoly Karpov.
Les salles de jeu et d'analyse étaient très bien agencées mais souffraient d'un défaut majeur en cette période de fortes chaleurs : il n'y avait pas de climatisation. Autant dire que les premiers jours de la compétition, entre le samedi et le mardi, ont vu les organismes mis à rude épreuve, avant que les températures ne baissent sensiblement à partir du mercredi.

La partie que je vais vous présenter est celle de la deuxième ronde, entre Jean D’Almeida (blancs) et moi-même, jouée pendant cet épisode caniculaire justement.


Avant de commencer, je vais vous donner quelques éléments de contexte.

En premier lieu, je vais parler un peu de moi et de ma façon d'aborder le championnat.
J'étais le tenant du titre et il y a toujours une certaine pression sur les épaules de celui qui remet son titre en jeu. Il y a de bons joueurs qui peuvent légitimement prétendre au titre, qui essaieront de profiter de mes moments de faiblesse, et d'autres joueurs moins ambitieux, mais qui restent solides et qui seront difficiles à battre, et feront tout pour obtenir la remise. J'essaie, dans toutes mes parties, de créer quelque chose afin de jouer pour le gain. C'est mon côté compétiteur. Et puis, je suis un "chasseur de records", nombre de titres nationaux, nombre de parties gagnées en Nationale (NB : la première série du championnat), etc. C'est ce qui me permet après toutes ces années de garder une motivation à jouer à haut niveau. Ne pas être un joueur professionnel y contribue également. Quand je parle de la façon dont j'ai organisé ma vie, je fais souvent référence à l'image du tabouret. Un tabouret à trois pieds. Famille, travail, loisirs. Trois pieds dont la longueur doit être équilibrée. Si un pied est trop court ou trop long par rapport aux autres, cela devient instable et tout finit par s'écrouler. Dans ma vie, le jeu de dames reste dans la catégorie des loisirs, je n'ai pas à me soucier du résultat en dehors de mon égo, et cela reste donc un plaisir.


En deuxième lieu, je vais parler un peu de mes relations avec mon adversaire. Disons qu'elles étaient, avant le début de la partie, plutôt "fraîches".
Jean D’Almeida a été élu président de la Fédération Française de Jeu de Dames fin 2002, après plusieurs années un peu chaotiques, et ne le connaissant pas plus que ça, je lui avais à l'époque proposé de m'occuper de quelques fonctions. En l'occurrence, j'ai créé la toute première version du site de la FFJD, et j'ai occupé le poste de président du conseil technique, chargé de statuer sur les questions techniques inhérentes à la FFJD, comme par exemple la gestion du classement national.
Un peu plus d'un an plus tard, j'ai démissionné de mes fonctions, confiant la gestion du site à l'époque à l'ancien champion de France Nicolas Guibert (qui au passage l'améliorera significativement) et la présidence du conseil technique à un autre ancien champion de France, à savoir Thierry Delmotte. À l'origine de mon départ, l'impression très désagréable que le président laissait péricliter tous les sujets ne l'intéressant pas et s'accaparait de ceux qui l'intéressaient au point de ne plus écouter les conseils des uns et des autres, quand bien même ce serait leur fonction... Une impression qui n'a cessé de croître au fil des années, avec un président qui à mon sens faisait preuve d'un autoritarisme injustifié et qui a conduit plusieurs joueurs à carrément abandonner le jeu. Et également le sentiment qu'il catalogue tous ceux qui ne pensent pas comme lui comme des imbéciles. Tout cela est très subjectif bien sûr, mais ceci est à l'origine de nos relations cordiales mais tendues.
Pour contrebalancer cela, j'ajouterai néanmoins qu'il a été un bon gestionnaire (les finances de la FFJD étaient saines, les formalités administratives étaient correctement effectuées, etc.), et un bon directeur des tournois (envoi des jeunes aux divers championnats notamment, faute de véritable directeur des tournois, les derniers ayant démissionné...).


En troisième lieu, voyons un peu les précédentes rencontres entre nous.
Je prépare toujours mes ouvertures avant chaque partie. Rien de très élaboré, mais j'essaie de bien identifier les forces et les faiblesses de mon adversaire, et son style de prédilection afin de choisir de préférence quelque chose qui sortira hors des sentiers battus, en tout cas hors des siens. Mon adversaire a tendance à simplifier beaucoup, à jouer souvent les mêmes ouvertures avec les suites les plus arides (de mon point de vue), à jouer souvent les mêmes types de jeu, mais qu'il connaît par conséquent plutôt bien et ne lui coûtent que peu de temps de réflexion, et au fond, c'est à moi qu'il incombe de "faire le jeu" pour ne pas laisser une nulle sans saveur (ou pire).
Les deux précédentes rencontres où j'avais eu les noirs, en 2016 et 2024, j'avais répondu à 32-28 (20-25) et le jeu avait tourné en ma faveur assez rapidement. Et contrairement à d'autres réponses sur 32-28 (car mon adversaire va jouer ce coup, aussi sûrement que deux et deux font quatre), il ne continue pas avec des variantes "chiantes", aussi je décidais de réitérer dans ce style...